Silvia Dore

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Vous trouverez ici des définitions de termes accompagnée d'éxplications contextualisées basées sur mes réflexions personnelles ou sur les travaux d'auteurs qui m'inspirent.

Design Graphique, Enseignement, Recherche, Curation

Glossaire

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( X ) Fantasme, Territoire, Coécriture, Interaction, Assemblage, Jeu, Terrain, Communs, Pédagogie, Architecture, Cocréation, Engagement, Typographie, Progettazione, Inscription
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2024
Projet
recherche
Un regard porté par Silvia Dore et Jean-Marc Bretegnier, convaincus d’un faire pédagogie autrement.

Faire Écho aux territoires d'ailleurs, Gâvres

« Enigme parmi les énigmes, la manière humaine d’être vivant ne prend sens que si elle est tissée aux milliers d’autres manières d’être vivant que les animaux, végétaux, bactéries, écosystèmes, revendiquent autour de nous. » Manières d’être vivant, Baptiste Morizot

À Gâvres, sur cette presqu’île tenue entre terre et mer, rien n’est stable : ni les sols, ni les récits, ni les contours. Tout bouge, tout s’ajuste, tout négocie. Le littoral n’y est pas une ligne mais une conversation continue.

Faire du design graphique ici, ce n’est pas représenter un territoire déjà là, c’est tenter de rendre visibles ses forces invisibles : les circulations de l’eau, les frictions du vent, les lenteurs de l’érosion, les attachements humains et non‐humains. C’est apprendre à composer avec ce qui déborde. Peut‐être alors qu’imaginer “avec la mer” commence par cela : accepter de ne pas tenir la forme, mais d’écouter les transformations. Et dans cet espace instable, inventer des manières de voir qui n’isolent pas, mais relient.

À cette invitation à « être là – avec – au milieu », répond une nécessité pédagogique : déplacer le design graphique hors de ses cadres habituels pour le confronter à des milieux vivants, instables, traversés de forces multiples. Sur la presqu’île de Gâvres, au sein de Maison Glaz, l’expérience menée avec Akira Lavault propose précisément cela : faire du terrain non plus un simple sujet d’étude, mais un partenaire actif de la pensée et de la création. Car ici, le littoral n’est pas un paysage figé. Il est en transformation constante, soumis à l’érosion, aux dynamiques marines, aux interventions humaines. Ce qui s’y joue est en grande partie invisible : mouvements souterrains, temporalités longues, interactions complexes entre matières, vivants et usages. Comment, dès lors, le design graphique peut‐il rendre perceptible ce qui échappe au regard immédiat ? Comment peut‐il participer à l’émergence d’un imaginaire qui ne soit plus dans la lutte contre la mer, mais dans une forme d’alliance avec elle ?

L’immersion d’une semaine devient un espace d’attention et d’enquête. Dessiner, enregistrer, cartographier , photographier ne sont plus des gestes de capture, mais des manières d’entrer en relation. À la suite de Tim Ingold, dessiner peut‐être envisagé comme une pratique de correspondance avec le monde : une ligne qui ne fixe pas, mais qui suit, relie et répond. C’est aussi accepter de ne pas savoir immédiatement, de laisser advenir des formes de compréhension par le corps, par les échanges. Le design devient alors un outil d’enquête : il collecte, assemble, traduit. Les productions qui émergent ne sont pas des réponses définitives mais des tentatives pour rendre lisibles des tensions, des flux, des interdépendances. Elles donnent forme à des récits situés, où humains et non‐humains coexistent, agissent, transforment.

Dans un contexte de bouleversements écologiques, ce dispositif pédagogique affirme ainsi la nécessité de temps in situ, où l’apprentissage passe par l’expérience directe et collective. Il s’agit moins de produire des images que de transformer les manières de voir — pour faire émerger des formes graphiques capables d’accompagner les mutations du vivant et de ses milieux.

Oui, Ça nous regarde !

Les images sont partout tout le temps pour tout le monde – si notre condition sociale c’est la visibilité alors comment résister, sentir sa place et son regard ? Nous buvons l’eau et respirons l’air mais tous les observateurs, philosophes et chercheurs du sensible, du vivant nous le disent : nous entrons dans une crise de nos modes d’attentions avec les formes de vie. C’est une attaque globale sur nos liens au monde, aux autres et à soi. Alors à quoi peut servir une expérience de terrain ? Qu’est ce qu’être sur le terrain – pour quoi faire ? Est‐ce si urgent ?

OUI – Pour être là – avec – au milieu de ce qui nous regarde. Pour cohabiter quelques temps avec tous les acteurs d’un lieu de vie. Pour être disponible afin d’écouter, de voir ce que chaque acteur, chaque partie travaille et organise.  Proposition : Essayons de goûter le monde au bout de la langue. Explorer pas à pas. Avec patiente se positionner « ENTRE », pour mieux se concentrer à ouvrir grand les oreilles et les yeux. Essayer de ne pas poser des opinions, des jugements mais plutôt poser des questions, explorer et décrire – voir, regarder et contempler.  Profiter de cet espace‐temps pour sentir le trouble, la tension d’être « ENTRE » sans prendre parti – juste témoin, ce qui n’est pas rien – témoin sensible de toutes les connexions et tensions de ce territoire. Prendre le soin, le temps de noter, de cartographier ces fils, ces liens. Récolter les fragments sensibles par le dessin, la photographie, l’enregistrement sonore et autres outils et supports.